Un programme d'appui technico-économique aux créateurs d'entreprises en Afrique
Amadou Sondé

Amadou_Sonde.jpg
« EN AFRIQUE, LES OPPORTUNITÉS DE CRÉATION D'ACTIVITÉS SONT TRÈS IMPORTANTES »
Amadou Sondé est burkinabè, arrivé en France voilà 10 ans pour suivre ses études secondaires et supérieures. Une fois passé son baccalauréat d'électronique, il intègre l'école d'ingénieurs Telecom Lille-1 et décroche son diplôme en 2008. En parallèle de ses études, il s'engage dans la voie de l'entrepreneuriat avec la création d'une entreprise spécialisée dans la téléphonie sur internet. Âgé de 27 ans, Amadou Sondé compte bien poursuivre l'aventure et développer ses projets sur le marché des télécoms en Afrique de l'Ouest ...
 
 
Quel est votre projet ?
Il s'agit de développer une plateforme de télécommunication pour les entreprises afin de couvrir leurs besoins en téléphonie fixe, e-mail, fax, etc. L'idée forte consiste à faire en sorte que les entreprises n'aient pas à multiplier plusieurs plateformes d'applications logicielles, mais se suffisent d'une seule qui propose une offre globale. Je souhaite monter l'entreprise à Ouagadougou, qui représente aussi un positionnement géographique intéressant pour assurer un rayonnement commercial sur les pays de la sous-région. Nous avons développé une technologie qui sera embarquée dans une « box », et c'est cette boîte que les entreprises achèteront. Ensuite, il suffit pour elles de la brancher pour activer le service, et consulter leur compte très simplement depuis un navigateur web. Cela ne demande aucune compétence informatique particulière et permet de parfaitement maîtriser, à distance, les outils de communication.
 
 
Existe-t-il un marché porteur en Afrique pour ce type de projet ?
Le secteur des télécoms en général affiche un très fort potentiel de croissance dans le monde entier. Pour ce type de services, cela représente un des marchés les plus porteurs avec des taux de croissance à trois chiffres ... De plus je connais bien le marché et l'environnement technique en Afrique de l'Ouest, j'ai d'ailleurs fait plusieurs séjour dans la sous-région. Le marché burkinabè est certes limité, c'est pourquoi je souhaite adresser plusieurs marchés sous-régionaux. Le plan de développement prévoit de démarrer avec une équipe de 4 à 5 personnes, notamment technico-commerciaux. Si le marché se développe comme prévu, nous pourrons élargir l'offre avec une stratégie commerciale mêlant vente directe et vente indirecte avec un réseau de revendeurs partenaires.
 
 
Vous ne partez pas de rien, vous êtes déjà à la tête d'une entreprise...
J'ai effectivement créé Doonya au cours de ma dernière année d'études à Télécom Lille-1, et l'entreprise existe depuis plus d'un an. Doonya est spécialisée dans les technologies numériques de télécommunication, nous accompagnons les entreprises pour qu'elles puissent optimiser leurs outils de communication avec des solutions innovantes. Nous proposons une prestation de conseil par exemple pour aider les entreprises multisites, celles qui comptent de nombreux télétravailleurs, ou celles en général qui ont d'importantes dépenses en télécom, à optimiser les budgets. Il y aura bien sûr des connexions entre Doonya et la société qui sera montée au Burkina-Faso, afin de mettre à profit les compétences d'ici pour là-bas. La nouvelle structure sera peut être une filiale, mais elle sera indépendante au plan juridique et de droit burkinabè.
 
 
Comment est venue l'idée du projet ?
Au cours d'un stage en Guinée Conary. J'ai fait le constat sur place qu'il y a un besoin en télécommunication très important des entreprises, mais aussi que les outils mis à leur disposition ne sont pas adaptés aux contextes locaux. Les offres présentées par les grandes sociétés internationales sont chères et ont été développées pour les marchés européen ou américain : elles s'appuient sur des technologies non encore déployées dans les pays africains, comme la fibre optique. Aujourd'hui, les entreprises sub-sahariennes font appel à des services de téléphonie mobile, toujours onéreux, ou à des service d'équipementiers comme Alcatel ou Cisco qui ne sont pas adaptés au marché. Nous arrivons dans ce contexte avec l'idée de proposer une solution moins couteuse et plus adaptée. A cet égard, l'idée de la « box » est aussi de s'adapter aux besoins spécifiques des entreprises, il peut s'agir de grandes entreprises mais aussi d'entreprises qui doivent gérer une dizaine de lignes téléphoniques. Il est possible de mutualiser le service entre plusieurs clients et ainsi proposer un service commun à plusieurs entreprises, c'est un axe de réflexion que nous menons afin de proposer un service commun à plusieurs entreprises.
 
 
Comment avez-vous connu le programme EeA ?
Je suis administrateur à Animafac [un réseau d'échange étudiant], et dans ce cadre CampusFrance est venu nous parler de « Entrepreneurs en Afrique » au travers des actions menées sur l'accueil des étudiants internationaux. Comme je fais partie de la diaspora burkinabè et que nous africains avons surtout vu depuis longtemps une coopération internationale institutionnelle, d'État à État, qui ne donne pas tous les résultats attendus, cela m'a intéressé. L'approche de coopération économique avec les pays francophones et la promotion de la création d'entreprise permet de stimuler le tissu économique sur place, et d'encourager les volontés de la diaspora de faire quelque chose au pays. Je connais beaucoup de migrants qui souhaitent monter des programmes en Afrique, il faut vraiment les encourager pour que leurs initiatives soient des modèles d'un développement conçu à partir de la création de valeur.
 
 
Concrètement, comment se passe l'accompagnement de votre projet ?
La première phase, qui commence en septembre, concerne l'étude technique du projet pour la conception de la « box ». Nous avons déjà le logiciel, mais l'idée est de tout packager avec les technologies les plus efficaces et les plus pertinentes. Dans le cadre du programme EeA, et avec Telecom Lille-1, nous allons réaliser un prototype et une maquette à des fins de pré-industrialisation. La deuxième phase consiste à développer les outils informatiques d'administration nécessaires à la mise en place de plans de sauvegarde automatique par exemple. Nous avons aussi prévu d'aller sur place, au Burkina-Faso, pour réaliser des tests en grandeur nature. J'ai déjà plusieurs contacts avec des entreprises qui sont prêtes à bêta tester le produit. La phase d'accompagnement dans le laboratoire de Télécom Lille-1 est initialement prévue sur 9 mois, mais nous avons pris un peu d'avance, l'entreprise devrait donc être créée en 2011. Par ailleurs, j'ai suivi des formations en entrepreneuriat à l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de Lille, ce qui m'avait aidé à rédiger la partie « prévisionnel financier » de mon business plan lors de la création de Doonya, et permis d'obtenir des prêts bancaires. Avec le programme EeA, je peux également compter sur l'appui des ACEA au Burkina-Faso, en l'occurrence de la « Maison de l'Entreprise du Burkina-Faso » de Ouagadougou.
 
 
Comment parvenez-vous à concilier vos activités en France et votre projet au Burkina-Faso ?
Mon objectif avec la création de ma nouvelle activité est de rentrer au Burkina. Au début je vais faire un peu la navette entre les deux pays, mais c'est déjà le cas puisque nous avons des clients Doonya là-bas. Je profite donc des déplacements pour mettre en place le projet concrètement sur rails. J'en profite aussi pour bien me tenir au fait de ce qui se passe, que ce soit sur l'environnement d'affaires, les dispositifs économiques et entrepreneuriaux mis en place par le gouvernement ou les évolutions du marché des télécoms. Je peux m'appuyer sur l'équipe Doonya en France et m'absenter quelques semaines sans problème.
 
 
Avez-vous d'ores et déjà identifié des freins à la création d'entreprise au Burkina ?
Au Burkina-Faso comme ailleurs en Afrique les opportunités de création d'activités sont très importantes, mais les pays manquent cruellement de structures d'accompagnement. Des jeunes peuvent avoir de bonnes idées mais généralement ne savent pas par où commencer pour monter leur projet. Il est difficile là-bas de suivre une formation en entrepreneuriat par exemple, et cela manque beaucoup. Le problème est aussi de pouvoir mobiliser les ressources financières nécessaires, car les banques locales prêtent rarement aux créateurs d'entreprises. Encore une fois, le programme EeA peut permettre d'ouvrir des portes à ce niveau-là, car les banques sont très frileuses et demandent une caution difficile à fournir. L'idéal serait que ce programme puisse sensibiliser les acteurs locaux, et peut-être même permettre au gouvernement de créer un fonds de garantie dédié aux jeunes entrepreneurs. Il serait bien également que les porteurs de projet soutenus par EeA se rencontrent de temps en temps, pour créer un réseau d'entre-aide professionnelle afin d'appuyer les démarches des uns et des autres, et pourquoi pas déboucher sur des idées communes de business, de partenariats, d'affaires. De mon côté, je pourrais mettre mon expérience à profit des jeunes créateurs afin de les aider à gérer les difficultés du début, car dans les premiers mois de création on se sent toujours un peu isolés.